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La taupe qui avait le vertige | Histoire déjantée BH

Le 29/07/2026 0

Dans Histoires déjantées

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Histoires Déjantées
Histoire n° 003 Temps de lecture : 6 minutes

La taupe qui avait le vertige : Marcel face au gouffre de son propre terrier

Marcel était une taupe parfaitement normale, à un détail près : il avait le vertige dès qu’il fallait descendre dans ses propres galeries. Une situation peu pratique lorsqu’on est censé vivre sous terre.

Le seul terrier équipé comme une falaise

Au milieu d’une grande prairie vivait Marcel, une taupe sérieuse, discrète et plutôt organisée.

Il creusait droit.

Il rangeait ses outils.

Il essuyait même ses pattes avant d’entrer chez lui.

Mais Marcel avait un problème dont il parlait le moins possible.

Il avait le vertige.

Pas sur une montagne.

Pas au sommet d’un arbre.

Non.

Marcel avait le vertige en regardant l’entrée de son propre terrier.

Dès qu’il apercevait le trou, ses pattes tremblaient, son cœur s’emballait et son imagination transformait vingt centimètres de profondeur en précipice sans fond.

— Tu descends ? demanda un lapin.

— Pas aujourd’hui.

— Pourquoi ?

— J’attends que ça remonte.

Le lapin resta silencieux plusieurs secondes.

Puis il décida qu’il n’avait pas besoin de comprendre.

Une sécurité légèrement excessive

Pour se rassurer, Marcel avait transformé l’entrée de son terrier en chantier de haute montagne.

Il avait installé une corde, une rambarde, deux lanternes, trois panneaux « Attention au vide », un casque jaune et une chaise pour reprendre son souffle.

Il possédait même une trousse de secours contenant principalement des biscuits.

Plan officiel de descente de Marcel :

  • mettre le casque ;
  • respirer profondément ;
  • avancer la patte gauche ;
  • avancer la patte droite ;
  • ne surtout pas regarder en bas ;
  • regarder en bas malgré tout ;
  • paniquer et recommencer le lendemain.

Les autres animaux trouvaient tout cela très amusant.

Marcel, lui, appelait ça de la prévention.

Une descente de cinquante centimètres

Chaque soir, Marcel se préparait à rentrer chez lui.

Il plaçait une patte dans le trou.

Puis deux.

Puis il remontait.

Il buvait une gorgée d’eau, vérifiait sa corde, replaçait son casque et recommençait.

Il lui fallait parfois deux heures pour descendre cinquante centimètres.

Les vers de terre avaient largement le temps de passer, de lui dire bonjour, de finir leur promenade et de repasser dans l’autre sens.

— Toujours là, Marcel ?

— Je progresse.

— Tu étais plus bas hier.

— C’est une progression stratégique.

Le chantier catastrophe

Un matin, les taupes du secteur décidèrent d’agrandir le réseau souterrain.

Tout le monde se mit au travail avec enthousiasme.

Tout le monde sauf Marcel, qui restait assis près de l’entrée.

— Tu peux descendre cette pelle dans la galerie ?

— Jusqu’en bas ?

— Oui.

— Je peux vous l’envoyer par la poste ?

Personne ne répondit.

Les rumeurs les plus absurdes

Comme Marcel refusait de descendre, les animaux commencèrent à inventer des explications.

Les hérissons affirmaient qu’il protégeait un trésor.

Les renards pensaient qu’un dragon vivait sous son terrier.

Les chouettes racontaient que la profondeur faisait perdre la mémoire.

Un écureuil prétendit même que Marcel possédait une cave remplie de noisettes interdites.

Personne n’imagina la vérité.

Le blaireau qui ne se moquait pas

Un soir, un vieux blaireau s’assit à côté de Marcel.

Il ne rit pas.

Il ne posa pas de question inutile.

Il regarda simplement le trou.

— Tu sais, moi aussi j’ai peur.

— De quoi ? demanda Marcel.

— Des escaliers.

— Pourtant, tu vis dans un terrier.

— Justement. Depuis, je prends les pentes.

Marcel éclata de rire.

Pour la première fois, quelqu’un comprenait sa peur sans la transformer en spectacle.

— Ton problème, ce n’est peut-être pas la profondeur, dit le blaireau.

— C’est quoi, alors ?

— L’entrée est beaucoup trop brutale.

La pente douce anti-vertige

Le lendemain, le blaireau revint avec des outils.

Il creusa une longue pente douce jusqu’à la galerie.

Plus de marche verticale.

Plus de trou à regarder.

Plus besoin de descendre suspendu à une corde comme un explorateur perdu.

Marcel la taupe descend une pente douce construite par un blaireau sous les applaudissements des animaux
Grâce à la pente du blaireau, Marcel descendit enfin sans transformer son retour à la maison en expédition.

Marcel posa une patte sur la pente.

Puis une deuxième.

Il avança lentement.

Son cœur battait toujours un peu vite, mais il n’avait plus l’impression de tomber dans un gouffre.

Il descendit jusqu’en bas.

Sans remonter.

Sans paniquer.

Sans utiliser la trousse de secours.

BRAVO MARCEL !

Une victoire rapidement exagérée

La nouvelle se répandit dans toute la prairie.

Marcel avait descendu une pente.

En moins d’une heure, l’histoire racontait qu’il avait exploré un gouffre de cent mètres.

À midi, il avait traversé une montagne.

Le soir, certains affirmaient qu’il avait creusé jusqu’au centre de la Terre.

— J’ai simplement descendu une pente.

— Avec ou sans dragon ?

— Il n’y avait pas de dragon.

— C’est exactement ce que dirait quelqu’un qui cache un dragon.

Les chiffres totalement officiels

Selon l’Institut international des taupes anxieuses :

  • 93 % des taupes n’ont jamais regardé le fond de leur propre tunnel ;
  • 6 % affirment ne jamais avoir peur ;
  • les 1 % restants mentent depuis le début.

L’étude précise également qu’une pente douce réduit le vertige de 47 %.

Les 53 % restants correspondent principalement au moment où quelqu’un crie « attention » sans raison.

Un terrier ouvert à tous

Marcel ne guérit jamais complètement de son vertige.

Il restait prudent, conservait son casque et vérifiait encore deux fois la pente avant de descendre.

Mais il ne restait plus bloqué devant chez lui.

Avec le blaireau, il transforma même son terrier en modèle d’accessibilité souterraine.

Les lapins venaient visiter.

Les hérissons utilisaient la pente pour transporter leurs provisions.

Et les vers de terre se plaignaient désormais de la circulation.

Conclusion

Marcel n’était pas lâche.

Il avait simplement une peur que les autres ne comprenaient pas.

Et parfois, le courage ne consiste pas à supprimer cette peur.

Il consiste à trouver une autre façon d’avancer.

Ou, dans le cas de Marcel, une façon légèrement moins verticale de descendre.

« Le courage, ce n’est pas de ne jamais avoir peur. C’est parfois de demander une rampe. »

— Marcel, taupe prudente et spécialiste des descentes raisonnables

Cette histoire est totalement véridique, sauf les passages inventés, les statistiques et les taupes qui remplissent des formulaires de sécurité.

Envie d’une nouvelle dose d’histoires complètement absurdes ?

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